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La douzième interview de Colors Of WildLife est consacrée à un photographe animalier qui aime aborder ses sujets en profondeur et dans la durée.

Grégoire Bouguereau


Grégoire Bouguereau


Photographe-voyageur, il parcoure l’Afrique depuis de nombreuses années, en quête d'espace et de nature. C'est en Afrique du Sud qu'a débuté pour lui une aventure singulière. Dans la myriade de forme qu’offre le spectacle du vivant, son attention s’est focalisée sur une femelle léopard. Happé par cette rencontre, il a multiplié les occasions d’observer l’animal, afin de mieux comprendre le quotidien d'un des êtres vivants les plus secrets de la brousse. C’est ainsi qu’est né le livre SASEKA NYELETI.

Il poursuit aujourd'hui son observation intimiste de la faune sauvage, à mi-chemin entre l’étude comportementale et la prise de vue photographique. D’autres ouvrages consacrés aux félins sont actuellement en préparation.

Pour en savoir un peu plus, son site. http://www.viemages.com.

Nous le remercions, vivement d'avoir accepté de se prêter à cet exercice.

COW - Peux-tu nous présenter ton parcours et ce qui t’a amené à devenir photographe animalier ?

GB - Mon intérêt pour la photographie remonte à l’âge ou j’étais étudiant, lors de mes premiers voyages, qui m'ont donné l’occasion de découvrir des espaces naturels. Je me suis mis à pratiquer la photographie comme un prolongement à une approche contemplative. Aujourd’hui, ma démarche est comparable : la photographie m’offre le prétexte et l'opportunité d’intensifier le lien que je cherche à établir avec la faune sauvage. 

Guépards - Crédit photo : Grégoire Bouguereau (1)

COW - Pourquoi l'Afrique ? Que te procurent ce continent et sa faune sauvage comme émotions particulières ?

GB - L’Afrique est certainement le continent qui symbolise le plus les espaces sauvages. Mais les émotions que l’on y redécouvre sont le propre de tous les endroits où l’harmonie de la nature est préservée, et si je me suis spécialisé sur des sujets africains je reste sensible à bien d’autres expressions de la vie sauvage.

COW - Toi qui as suivi pendant longtemps les léopards, peux-tu nous livrer des comportements particuliers que tu as observés chez ces magnifiques félins ?

GB - Je suis heureux de pouvoir m’exprimer, même brièvement, sur cette question tant je trouve frustrant de lire des affirmations erronées sur les comportements animaliers et tout particulièrement sur ceux que l’on attribue aux léopards. On confère volontiers au léopard un comportement strictement solitaire en dehors de la période d’accouplement, mais j’ai pu régulièrement effectuer des observations d’un comportement social complexe et varié en dehors de la période de reproduction. Ce fut le cas par exemple à l’occasion d’un partage de nourriture, et même, sans raison apparente, lors de nombreuses situations dont j’ai été le témoin direct entre des jeunes, la mère et le géniteur présumé. Il ne s'agissait pas de simples rencontres mais de longs moments passés en commun, à se suivre, s’observer et même jouer ensemble…

(1) Léopard - Crédit photo : Grégoire Bouguereau

COW - Quel a été le moment le plus fort dans le suivi de Saseka ?

GB - Dans la période où j’ai pu suivre Saseka, les moments forts n’ont pas manqué, notamment celui où, après des semaines de patiente recherche, nous avons enfin réussi à localiser la tanière ou Saseka cachait sa nouvelle portée ; ou encore la scène ou Nyeleti, une fille de Saseka, dans une dispute territoriale, a pour la première fois réussi à s’imposer face a une rivale expérimentée… Mais le moment peut-être été le plus fort s’est produit avec Salayexe : sur les trois portées que Saseka a élevées pendant la période ou j’ai pu la suivre, Salayexe est une femelle issue de la seconde. Nous la suivions depuis le milieu de l’après midi et la nuit était totalement tombée lorsque Salayexe a repéré deux francolins qui perchaient a environ 2 m 50 dans un arbuste (les francolins sont des volatiles que l'on pourrait apparenter à nos perdreaux européens ; ils choisissent par sécurité de se percher pendant la nuit afin d’échapper aux prédateurs). Une détente verticale de 2 m 50 s’est loin d’être inaccessible pour un léopard, et alors que les francolins avaient l’air totalement inconscients du danger, Salayexe a bondi et rabattu au sol, entre ses deux pattes avant, un des francolins imprudents. Elle commençait a plumer l’infortuné et l’action aurait pu se terminer ainsi si le jeune âge de Salayexe ne l’avait incitée à jouer avec sa proie. A peine avait elle desserré son étreinte pour taquiner le francolin assommé que celui-ci avait saisi son unique chance et s’était envolé directement dans la direction de notre 4X4 ouvert. Totalement aveuglé par le faisceau de la lampe, l'oiseau est passé si près de moi qu’en jetant la tête en avant j’ai à peine pu l’éviter et j’ai senti le souffle de son vol me frôler. Et quand j’ai relevé la tète, j’étais nez a nez avec Salayexe, avec dans son regard un peu fou cette lueur d’excitation du félin en pleine action de chasse. Salayexe avait vu le francolin s’envoler et disparaître dans l’obscurité derrière notre véhicule, et elle n’avait pas contourné celui-ci pour continuer sa poursuite de l’autre côté car elle était persuadée que sa proie avait atterri dans notre véhicule. Elle était tellement excitée que je me suis dit qu’elle allait bondir dans le 4X4. Assis a la place du passager avant, je me suis senti piégé : je ne pouvais pas me décaler car j’aurais été obligé de me lever pour quitter ma place, et j’ai été vraiment soulagé quand le chauffeur, réagissant promptement, a enclenché la marche arrière. Mais même alors que nous reculions rapidement, Salayexe a continué à nous suivre. Finalement, après un moment, elle a abandonné et dirigé ses recherches ailleurs. Mais pendant un court instant, le spectateur extérieur à la scène que j’étais a bien cru qu’à la faveur d’un malheureux changement de trajectoire, il allait se retrouver au cœur de l’action…

COW - Gardes-tu encore des contacts avec la Réserve Privée de Sabi Sand… Histoire de continuer à suivre l’évolution des sujets que tu as observés et photographiés ?

GB - Bien que mes sujets photographiques m’aient momentanément éloigné de l’Afrique du sud, j’ai toujours plaisir à recevoir par les contacts que j’ai gardés sur place des nouvelles de Nyeleti et Salayexe, les filles de Saseka. En revanche, j’ai momentanément perdu la trace de Saseka car elle a migré vers un territoire privé que je n’ai pas la possibilité d’explorer.

COW - On sait que tu travailles sur un nouveau livre, à propos des guépards (les nomades de la plaine infinie). Tu aimes manifestement te concentrer sur un sujet et l'approfondir. Peux-tu nous expliquer ta démarche ? Du léopard au guépard ? De l'Afrique Australe (Afrique du Sud) à l'Afrique de l'est (Tanzanie) ? Est-ce le territoire qui t’inspire l'animal sur lequel tu travailles ou l'inverse, est-ce l'animal qui définit ta prochaine destination de photographe animalier ?

GB - En fait, dés que je visite un espace sauvage et qu’au hasard d’une rencontre j’assiste au quotidien d’un groupe de grands prédateurs, au moment de rompre le contact je ressens presque à chaque fois le regret et la frustration de devoir quitter cet univers qui me fascine par l’harmonie et les expressions de liberté qui s’en dégagent. Cette perception me poursuit au delà de la rencontre et jusqu'à ce qu’il soit possible d’organiser un retour. Ainsi, de rencontres en retours, un lien s’établit avec un ou plusieurs animaux en particulier, jusqu'à ce que l’accumulation de ces observations devienne une histoire. Je ne crois pas que je saurais exprimer cette sensation mieux que Joseph Kessel qui disait : “De rencontre en rencontre, de désir en désir frustré, le besoin était venu – sans doute puéril, mais toujours plus exigeant – de me voir admis dans l’innocence et la fraîcheur des premiers temps du monde.”

Petit guépard - Crédit photo : Grégoire Bouguereau (1)

COW - Concernant ces splendides sprinteurs des plaines, peux-tu nous raconter ta meilleure photo ? L'élue de ton cœur, celle que tu n'oublieras jamais, parce qu'elle t’a peut-être donné du fil à retordre, permis une observation rare, tendre, fugace ? Comment l'as-tu préparée, pressentie ?

GB - De toute évidence, figer sur une image une attitude dynamique d’un guépard en pleine chasse procure une grande satisfaction. La photographie apparaît là dans une de ses applications prédestinées : montrer d’une façon détaillée ce que l’œil a du mal a saisir. Après maintes tentatives j’ai eu la chance de saisir un guépard en pleine extension, une fraction de seconde avant qu’il ne se saisisse de sa proie, sur l’image les griffes bien visible du guépard ne sont pas à plus de 10 cm de la proie en pleine course… Quand on sait qu’en action de chasse un guépard parcourt environ 2 mètres entre deux images prises à la cadence la plus rapide, figer le temps à cet instant précis a été une chance Incroyable.  Dans un registre très différent d’autres images, qui mettent en avant la tendresse et l’affection des groupes familiaux de guépards, m’ont également procuré énormément de satisfaction et ont le mérite de proposer des facettes moins stéréotypées de cet animal.

Guépard chassant un gnou - Crédit photo : Grégoire Bouguereau (1)

COW - Quelle serait la scène animalière que tu rêverais de prendre en photo ? Ta quête du Graal, en quelque sorte ?

GB - Chaque matin en Afrique, quand débute pour moi une journée d’observation, j’ai la sensation exaltante d’avoir à lire une nouvelle page qui va s’écrire sous mes yeux, en ayant au fond de moi l’espoir potentiel que je vais peu être pouvoir assister à un spectacle rarissime, peut-être même une scène qu’aucun témoin n’aura pu jusqu’alors observer. On est dans situation où ce qui est accessible est peut-être au delà du cadre de son imagination, Dans un tel cas, il suffit souvent simplement de se laisser guider pour être surpris. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’assister a des scènes improbables, comme par exemple des hyènes qui s’affrontent en bande au milieu d’un cours d’eau, un python qui attrape un martin pêcheur sur une branche, des lionnes qui s’affrontent, une rencontre conflictuelle entre hyène et lycaon, etc. De ce fait, je ne sais pas quelle sera la prochaine scène inoubliable et c’est peut-être mieux ainsi car c’est ce qui m’attire dans l’observation animalière : les journées se suivent sans se ressembler et sont rarement conformes aux prévisions que l’on aurait été tenté d’établir.

(1) Affrontement de hyènes dans l'eau - Crédit photo : Gregoire Bouguereau

COW - Quels sont les cinq règles ou conseils que tu pourrais donner aux membres de Colors Of WildLife pour réaliser une bonne photo ?

GB - Je ne crois pas qu’il y ait de recette miracle. J’observe d’ailleurs que les images qui m’ont donné le plus de satisfaction sont souvent le fruit de longues périodes d’observation ou plus simplement du hasard. La patience, à laquelle il faut toujours ajouter une proportion de chance, finit presque toujours par payer. Malheureusement, les personnes que je vois s’essayer à la photographie animalière sont souvent prises par le temps et sont intégrées dans un programme établi à l’avance. Si je peux donner un conseil c'est : sortez des sentiers battus et prenez votre temps dans la mesure où c’est possible ; il vaut parfois mieux rester au contact d’un animal qui affiche une envie palpable d’activité plutôt que de vouloir voir le plus de sujets possibles et différents dans une période de temps limité. 

Python attrapant un martin pecheur - Crédit photo : Grégoire Bouguereau (1)

COW - Pour terminer : as-tu des projets en perspective (livres, expositions…) que tu souhaiterais partager avec nous ?

GB - Cette année, je vais présenter une exposition avec des images inédites au festival de Montier-en-Der. Quelques jours plus tard, je partirais pour le Serengeti retrouver les guépards que je suis depuis quelques années, pour plusieurs mois de prises de vue afin de terminer le livre sur le sujet. En parallèle d’autres projets se mettent en place. La plupart d’entre eux sont intégrés à un projet de recherche scientifique sur un comportement animalier, ce qui me permet une compréhension plus en profondeur des sujets abordés et donc de restituer avec des images et du texte un témoignage plus pédagogique.

Combat entre une hyène et un wild dog - Crédit photo : Grégoire Bouguereau (1)


(1) Crédit photos : Grégoire Bouguereau
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