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le 15 Février 2009 à 20:45:00
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La septième interview de Colors Of WildLife est consacrée à deux docteurs vétérinaires, spécialistes et passionnés par les cétacés et leur conservation.

Franck Dupraz et Pierre Gallego


Franck Dupraz et Pierre Gallego


Fervents défenseurs des mammifères marins, leurs regards et expériences croisés, sont un atout supplémentaire pour cette interview.

Depuis plus de 4 ans, Franck, consacre une grande partie de son temps libre, à sa passion pour les  cétacés, via le Groupe d'Etudes des Cétacés de Méditerranée (G.E.C.E.M).  Il intervient également comme observateur et conférencier lors de sorties de whale-watching organisées chaque été sur les côtes varoises."

Pierre a créé avec d’autres chercheurs de la région deux associations destinées à la recherche, à l’éducation environnementale et à la conservation des cétacés et du milieu marin. La première : INACHUS et est basée à Malaga, tandis que la seconde : GARUM TARIFA est basée, comme son nom l’indique, à Tarifa. En parallèle, il supervise le travail scientifique réalisé à bord des bateaux de whale-watching d’une entreprise de Tarifa, et il collabore avec le centre d’échouage local.  Il  représente également le gouvernement Luxembourgeois, au sein de la CBI (Commission Baleinière Internationale) et la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées).  Il organise occasionnellement des voyages d’éco-tourisme participatif dans le détroit de Gibraltar, durant lesquels les participants sont initiés au travail de recherche. Et présente régulièrement des publications aux conférences de l’ECS (European Cetacean Society) et de la SMM (Society for Marine Mammalogy), entre autres.

Par le biais des réponses de ces deux grands passionnés, la grande bleue, son environnement et sa faune sauvage (Baleines, dauphins, cachalots, orques...) n’auront plus aucun secret pour vous ou presque…

Nous les remercions, vivement d'avoir accepté de se prêter à cet exercice avec beaucoup de passion et de précision.

COW - Franck et Pierre, vous êtes tous deux Docteurs vétérinaires, spécialisés en cétacés. Pouvez-vous nous en dire plus quant à ce métier-passion et nous décrire cet univers marin que nous connaissons moins ?

FD - A la différence de Pierre, je ne suis malheureusement pas « cétologue » à plein temps. J'exerce en clientèle libérale, et je consacre une grande partie de mon temps libre à l'étude de la faune sauvage et des cétacés en particulier. En ce qui me concerne, le métier de vétérinaire me permet de réaliser mes rêves d'enfants: travailler avec des animaux domestiques et sauvages, et avoir du temps pour les étudier et les photographier. Mon diplôme de vétérinaire m'a aidé à ouvrir de nombreuses portes, qui seraient restées fermées autrement. Mon attirance pour le monde marin, je la dois comme beaucoup au Commandant Jacques-Yves Cousteau. C'est un milieu mystérieux, qui recèle encore tellement d'inconnues. Et plus que tout, c'est le milieu originel. C'est de l'océan que sont sorties les premières formes de vie. Et si on n'y prend pas garde, en continuant à dégrader ainsi cet élément sans lequel notre Terre ne serait pas ce qu'elle est, les océans finiront par reprendre ce qu'ils ont donné...

PG - C’est effectivement une passion, et ceux qui s’accrochent sont de vrais mordus, car le parcours est loin d’être de la rigolade. Pour ma part j’ai toujours été intéressé par l’adaptation de ces animaux au milieu marin, et au plus j’en apprends, au plus j’ai envie de découvrir. Vient s’ajouter à cela la situation critique dans laquelle se trouvent la majorité des espèces de cétacés et le besoin urgent de les protéger. Il y a donc plus de boulot qu’il ne faut, et malheureusement les moyens disponibles sont largement déficients. Le travail de conservation est extrêmement gratifiant, mais il faut savoir qu’il n’aboutit pas toujours, et quand il le fait, c’est en général après de longues années de travail avec des ressources insuffisantes. Autant dire que la situation est loin d’être gagnée… Ce travail a beaucoup de facettes différentes, et je me retrouve à faire moins d’interventions purement vétérinaires, que du travail de recherche plutôt dans le domaine de la biologie, de la conservation, ainsi que du travail au niveau politique en participant à des conventions internationales. Le travail vétérinaire est malheureusement souvent limité à la réalisation d’autopsies, car lorsque les cétacés s’échouent, ils sont le plus souvent dans un état critique, voire en phase terminale, et la plupart d’entre eux succombent à leur pathologie, ou meurent d’un choc associé à l’échouage. Bien que représentant un travail peu attrayant, les autopsies n’en sont pas moins importantes, et la majorité des connaissances de biologie, physiologie et de médecine des cétacés découle des autopsies.

Pierre Gallego - Dauphin bleu et blanc
(1)

COW- Concernant les cétacés, quelle a été votre plus forte rencontre, à ce jour ? Pouvez-vous nous la livrer ?

FD - Il y a 10 ans, une rencontre particulière avec un rorqual commun en Méditerranée. Nous étudions leur comportement. Cette femelle de 22 mètres de long environ est venue se placer sous la coque du voilier et y est restée pendant 2 heures, sortant la tête pour respirer et se tourner sur le côté pour nous regarder. Les échanges de regard ont été nombreux et intenses, et ce jour-là je me suis vraiment demandé qui étudiait l'autre...

PG - La plus forte rencontre c’est à chaque fois que nous voyons les orques du détroit de Gibraltar. En plus de tout l’intérêt scientifique que je mentionne plus loin, il y a une admiration certaine devant un prédateur aussi imposant (le poids de 2 éléphants africains), élégant (bouge avec une grâce fatale), puissant (s’attaque parfois même à l’animal le plus grand qui ait jamais existé sur cette planète) et intelligent (a développé des techniques de chasse ultra spécialisées, est une des rares espèces sur cette planète à posséder une culture et un langage que nous ne sommes pas près de déchiffrer)… On peut observer 7 espèces de cétacés dans le détroit, et l’enthousiasme des gens sur le bateau est toujours au rendez-vous et se traduit par des cris de joie et d’émerveillement… Mais avec les orques, lorsqu’elles apparaissent, c’est le silence le plus complet…

COW - Vous passez beaucoup de temps sur le terrain. Quelle serait la scène animalière marine que vous rêveriez de photographier ?  Votre quête du Graal, en quelque sorte ?

FD - Comme tous les amoureux de cétacés je pense, le combat abyssal entre le cachalot et le calmar géant bien sûr. Pour ce qui se passe en surface, c’est un choix cornélien… Mais pour la beauté et toute l’intensité de la scène, je dirais une attaque d’orques sur une baleine grise.

PG - Il y en a beaucoup, mais en parlant de choses rares et difficiles à saisir en photo, le saut d’un cachalot.

Franck Dupraz - Cachalot (2)

COW - Observer les baleines évoluer dans leur milieu naturel doit être une expérience unique et recherchée par de nombreuses personnes. Comment se passe un "whale-watching" ? Quelles sont les règles de bonne conduite pour le pratiquer ?

FD - Il y a différentes façons de pratiquer le whale-watching, à bord de voiliers en petit comité (une dizaine de personnes max.) ou sur des bateaux de plus grande capacité (120 personnes). Dans les deux cas, le skipper se doit de respecter un code de bonne conduite. Malheureusement rares sont les pays à avoir légiférer en la matière. En France par exemple, ce code de bonne conduite n’est conduit qu’au bon vouloir des skippers. Certains ne le respectent pas, et cela conduit à des débordements (mise à l’eau anarchique avec les cétacés, collision avec des baleines…).
Voici un lien vers le code de bonne conduite pour l’observation des cétacés, édité pour les côtes françaises. Bien conduit, c’est une expérience unique, dont la majorité des personnes sortes enchantées.

PG - Il y a beaucoup de whale-watchings différents de par le monde. Ceux qui vous emmènent simplement observer les dauphins et baleines, et puis ceux qui ont un programme éducatif, de sensibilisation, voire même de participation à la recherche. Selon le choix, il se passe différemment. Cela va d’une balade de 2h en mer avec quelques cétacés si on a de la chance, à une petite séance d’explication avant la sortie, accompagnée d’explications en mer, jusqu’à parfois la participation au traitement et à l’interprétation des données récoltées durant la sortie. Récemment, les règles de conduite ont été élaborées dans différentes instances et ont été adaptées à différentes espèces de cétacés. En Europe la plupart des pays est passé d’un code volontaire de bonne conduite à une législation claire régulant le comportement de toute embarcation aux alentours de cétacés. De façon simplifiée, les règles à suivre pour ne pas déranger les cétacés sont :
- ne pas trop s’approcher, jamais à moins de 60m
- ne pas leur couper le chemin, ni séparer les individus d’un groupe, voire des sous-groupes
- ne pas les approcher par derrière, mais latéralement avec un angle d’approx. 45 degrés
- si les animaux s’approchent de leur propre initiative, réduire les moteurs et suivre une trajectoire rectiligne sans changements brutaux de cap ni d’augmentation subite de la vitesse.

COW - Vous accompagnez également des personnes, à la découverte du monde marin. Pouvez-vous nous parler de ces expériences d’éco-tourisme participatif. Comment cela se passe-t-il ?

FD - J'ai participé il y a quelques années en tant qu'écovolontaire à plusieurs missions. Mais cela fait quelque temps que je n'en ai pas moi-même encadré. Je laisse donc Pierre répondre plus largement à cette question, qui est plus d'actualité pour lui.

PG - Le type de groupes que j’encadre serait mieux décrit comme réalisant un stage de recherche. Ils ont une durée d’au moins une semaine afin de permettre d’assimiler les bases du travail scientifique sur le terrain. J’ai tendance à préconiser des durées plus longues, mais pour des raisons purement de coût, c’est plus difficile d’accès. Les personnes qui participent à ces voyages vont faire une immersion totale dans le travail de recherche que nous réalisons dans le détroit de Gibraltar. Photo-identification (prise de photos des nageoires dorsale et caudale des cétacés, selon l’espèce), prises de vue vidéo des comportements, recueil de données à chaque rencontre, et enregistrement des sons produits par les cétacés représentent le travail sur le bateau. Toutes ces techniques sont présentées de la façon le plus pratique possible. Le soir venu, ces données sont interprétées et comparées aux catalogues de photo-identification des 5 années précédentes. Les participants apprennent à utiliser certains programmes informatiques de traitement d’images, de création de catalogues, et de traitement de fichiers sonores. Chaque soir, selon que les participants tiennent encore le coup, il y a une petite présentation avec projecteur sur différents aspects de la biologie, de la recherche et de la conservation des cétacés, d’abord dans le détroit de Gibraltar, et ensuite d’un point de vue mondial. Ce qui est très chouette c’est que les participants apprennent avec une vitesse surprenante, et on découvre dans chaque groupe des talents particuliers. De plus, cette joie d’apprendre et cette motivation sont hautement contagieuses, et cela nous donne encore plus de peps pour continuer dans notre travail.

(1) Pierre Gallego - Baleine pilote

COW - Quel matériel photographique conseilleriez-vous, pour pratiquer la photographie marine ?

FD - Pour la photographie sous-marine, je suis encore trop novice pour en parler. Pour les photos à bord d’un bateau, un objectif stabilisé bien sûr, monté sur un boîtier permettant des prises de vues en rafales (6 images/ seconde minimum), pour ne pas rater la photo du saut parfait ou la sonde du cachalot par exemple. Niveau objectif, pas la peine de viser trop gros. Les 500mm sont bien souvent inutiles car trop lourds à main levée et ne permettent pas de photographier les animaux qui s’approchent des bateaux. Je dirais que les zoom de type 200/400mm ou 100/400mm sont de très bons objectifs pour ce type d’exercice, car permettent de s’adapter à de nombreuses situations. Pour des photos plus piquées, les zoom 70/200 f/2,8 (éventuellement couplé à 1 TCX1,4) ou les focales fixes type 300mm f/2,8 sont également à conseiller.

PG - L’eau de mer est le pire ennemi de tout ce qui est électronique, donc il est indispensable, si l’on veut faire ce type de travail à long terme, d’avoir un boîtier tropicalisé et des protections externes en cas d’embruns. Ces protections peuvent être des sacs type Evamarine, ou encore simplement du ruban adhésif spécial photo. Mais de toute façon ça n’enlève pas la nécessité de nettoyer son matériel des embruns TOUS LES JOURS SANS EXCEPTION. Au niveau technique, un boîtier avec une vitesse en rafale élevée est un grand atout, on en est à 8-10 photos par seconde. Ensuite niveau objectif, un 100-400 ou 80-400 représentent un bon compromis niveau prix/qualité/poids. Il permet notamment d’adapter la focale à la distance d’approche des dauphins et baleines, et d’atteindre des cibles à une distance relativement éloignée. Bien sûr il vaut mieux que ce soit un objectif stabilisé, voire dans certains modèles c’est le boîtier qui est stabilisé, et pas besoin d’un objectif stabilisé. Un filtre UV peut se révéler utlle pour la photographie artistique, mais a tendance à ralentir la vitesse d’obturation, et n’est donc pas idéal pour le travail sur le terrain de type photo-identification. Des cartes mémoires rapides sont à conseiller justement à cause du nombre de photos prises en rafale, afin d’éviter que le buffer ne sature trop vite. Il n’arrive que trop fréquemment qu’on ait le doigt enfoncé sur le déclencheur et que juste au moment crucial le buffer ne suive plus… Et inutile de souligner que des cartes de grande capacité sont également conseillées.

COW - Quelles sont les principales menaces qu'encourent les cétacés, aujourd’hui (en Méditerranée, mais ailleurs également) ?  Et quelles sont les espèces, les plus en danger ?

FD - Les menaces sont vraiment nombreuses : pollution chimique, pollution sonore (cf question n°9), filets dérivants, collisions avec les ferries, whale-watching intensif, disparition des ressources alimentaires, destruction de l’habitat… Pour ne citer que deux exemples :
- La mer Méditerranée est la mer la plus polluée du monde, et les dauphins bleu-et-blanc (Stenella coeruleoalba) font partie des 10 mammifères les plus pollués du globe, ce qui engendre des perturbations des systèmes immunitaires et reproducteurs.
- La pollution et l’aménagement pour les activités humaines du fleuve Yang-Tsé en Chine ont entraîné la disparition du Baiji, dauphin de rivière, première espèce connue de cétacés à disparaître à cause de l’influence humaine.
Sur les 86 espèces de cétacés, certaines sont vraiment gravement menacées. Le marsouin de Californie (ou Vaquita) est la victime des prises accidentelles dans les filets de pêche. Son habitat est très restreint, puisqu’il se limite au nord de la mer de Cortez. La baleine franche de l’Atlantique Nord, dont la population est estimée à uniquement 350 individus, est elle menacée par les collisions avec les bateaux et les captures dans les filets de pêche.

PG - Les risques les plus graves sont les prises accidentelles dans les filets de pêche, la pollution, la perte d’habitat et la raréfaction de leurs proies. Les espèces les plus menacées sont le Baiji (oups, trop tard, cette espèce vient d’être déclarée comme techniquement éteinte par l’IUCN), la baleine franche de l’Atlantique Nord (environ 350 individus restants, avec encore une forte mortalité due à des prises dans des filets de pêche et à des collisions avec des bateaux), la Vaquita (petit dauphin du Golfe de Californie qui est également occupée à disparaître dû aux prises accidentelles dans les filets), les baleines grises du Pacifique ouest, les dauphins d’Irrawaddy (dont la plupart des populations sont fragmentées, isolées, soumises à des pressions humaines très importantes), les cétacés de l’arctique comme le béluga, le narval et la baleine du Groenland (à cause du réchauffement climatique et la fonte des glaces), et la liste s’étend à souhait. Au fait j’aurais préféré une question du style : « quelles sont les espèces de cétacés qui ne sont pas en danger ? ».

Franck Dupraz - Dauphin bleu et blanc (2)

COW - Le trafic des ferries (en Méditerranée, mais ailleurs également) perturbe surement la vie des cétacés, que font ces sociétés pour la sauvegarde de ces animaux ?

FD - De nombreuses compagnies de ferries commerciaux participent activement à la sensibilisation et à la prévention des collisions. Cela apporte une image positive pour la compagnie, mais éviter les collisions permet également d'économiser des dizaines de milliers d'euros de réparation et d'éventuels accidents corporels pour les passagers. En Méditerranée, les compagnies régulières comme la SNCM, la CMN ou Corsica Ferries sont très impliquées dans les programmes de recherches et collaborent étroitement avec les scientifiques et les gestionnaires. Un lien pour en savoir plus : collisions entre grands cétacés et navires de commerce.

PG - Tous les bateaux en général perturbent les cétacés, et les hélices de tout bateau représentent un danger réel. Cependant il découle des études sur le sujet que les facteurs déterminants dans les collisions entre bateaux et cétacés sont la vitesse et la taille du bateau : au plus gros et au plus rapide, au plus grande est la probabilité de heurter un cétacé. Donc les fast-ferries sont les candidats numéro 1. C’est pourquoi l’OMI (Organisation Maritime Internationale) collabore avec des groupes de travail de la CBI (Commission Baleinière Internationale) sur certains projets de réduction de la vitesse des navires dans certaines zones sensibles. Mais à vitesse réduite, un fast-ferry est-il encore un fast-ferry ?... Il faut être réaliste, 70% des biens transportés le sont par voie maritime, il existe des délais à respecter, et c’est toujours l’intérêt économique qui l’emporte sur la volonté de protéger la nature. De plus, tout le monde veut aller d’un point A à un point B le plus vite possible. Donc, sans vouloir être pessimiste, mais plutôt réaliste, et bien qu’on y travaille activement et d’arrache pied, ce n’est pas demain la veille qu’on réduira les collisions des bateaux avec les cétacés. De plus, c’est bien beau d’avoir des lois et limitations de vitesse, mais sans personne pour contrôler et sévir, cela ne sert pas à grand-chose…

COW - Est-ce que les sonars des sous marins (militaires donc) ont des influences sur les cétacés ? Si oui lesquelles ?

FD - Malheureusement oui, ce type de sonar à basse ou moyenne fréquence a de graves conséquences sur le comportement des cétacés. Il perturbe leurs communications, forçant certaines espèces à modifier la fréquence et l’intensité des sons qu’ils émettent pour communiquer. Plus grave, ces sons insupportables pour les cétacés (écoutez ceci, vous comprendrez) sont à l’origine d’échouage massif chez les ziphiidés, une famille de cétacés communément appelés baleines à bec. Les sonars perturbent tellement ces cétacés, qu’ils essaient de les fuir et remontent parfois trop rapidement en surface, ce qui entraîne un phénomène semblable au syndrome de décompression bien connu chez les plongeurs, ce qui est un comble pour un mammifère parfaitement adapté à la plongée. Ce syndrome est à l’origine d’embolie gazeuse, d’hémorragie et donc de la mort de ces cétacés.

PG - Oui, mais on ne sait pas encore exactement quels effets. Il semblerait que ce soit surtout les cétacés qui plongent à de grandes profondeurs durant longtemps (surtout les baleines à bec) qui soient les plus touchées. Dans certains cas on a trouvé chez des baleines échouées en masse (chez les baleines à bec ça veut dire à partir de 2 individus) des lésions au niveau des oreilles internes et d’autres organes en relation avec l’acoustique. Cependant, des études récentes pencheraient plutôt pour un effet indirect des sonars. Je m’explique : ces baleines à bec qui plongent à plus de 1000 mètres de profondeur durant de longues périodes sont susceptibles d’accumuler de l’azote dans leurs tissus (comme les plongeurs utilisant des bouteilles à air comprimé conventionnelles et non pas à atmosphère modifiée de type Nitrox), et en cas de remontée trop brutale, cet excès d’azote pourrait causer des embolies gazeuses qui peuvent être fatales. Normalement, les baleines à bec, afin d’éviter cette maladie de décompression, vont réaliser une série de plongées de courte durée et à profondeurs décroissantes après une plongée profonde, afin de se débarrasser progressivement de l’excès d’azote dans leurs tissus. Lors d’un exercice militaire à sonar actif de basse fréquence, les baleines à bec qui se trouveraient à ce moment à des profondeurs importantes, auraient tendance à paniquer, à remonter vers la surface en catastrophe (ce qui augmente le risque d’embolie gazeuse à azote) et non pas lentement et progressivement comme elles le feraient en temps normal, et surtout, elles n’effectueraient pas ces séries de plongées décrescendo, et seraient donc plus enclin à la maladie de décompression. Donc en théorie, ce n’est pas le sonar qui tue directement, mais c’est les conséquences du comportement des baleines à bec vis-à-vis de ce stimulus auditif qui entraîne les effets pathologiques. C’est chou vert et vert chou, mais en attendant, les militaires utilisent ce flou artistique pour s’en laver les mains, et parlent uniquement d’une coïncidence spatio-temporelle entre les essais militaires et les échouages en masse de baleines à bec… Et comme dans certains pays développés dont je ne citerai pas le nom, mais dont je peux dire qu’il se situe entre le Canada et le Mexique (non, pas le Kazakhstan, mais presque), c’est l’armée qui finance plus de 80% de la recherche qui se fait sur le sujet, on n’est pas près de prouver le réel impact de ces sonars.

Pierre Gallego - Dauphin commun (1)

COW - Quel est l'impact du réchauffement climatique sur les baleines et les dauphins, avez-vous noté une baisse des populations ?

FD - Dans l’immédiat, je n’ai pas constaté de modifications des effectifs des populations et je ne crois pas que ce soit le cas ailleurs dans le monde. Mais le réchauffement climatique commence à avoir des conséquences, en entraînant une modification de la bio-disponibilité des proies des cétacés (plancton ou poisson), ce qui à terme pourra entraîner une modification des déplacements des animaux et avoir des effets sur les populations effectivement. Cela a déjà commencé en Norvège où la migration des harengs et donc celle des orques a été modifiée.

PG - Les effets du changement climatique sont très difficiles à déterminer, car il y a beaucoup d’autres effets qui viennent brouiller le problème. De plus il faut des bases de données sur une longue période, ce qu’on n’a pas, et les cétacés ne sont pas les animaux les plus faciles à étudier (on ne voit que approx. 5% de leur comportement lorsqu’on les étudie depuis au dessus de l’eau…). Cependant il est clair que les cétacés de l’Arctique sont ceux qui doivent faire face aux changements les plus directs, notamment le narval, le bélouga et la baleine du Groenland. Les cétacés sont des mammifères marins qui ont une certaine capacité d’adaptation aux conditions de l’environnement, mais cependant ils n’ont que peu de flexibilité lorsque l’abondance et/ou la distribution de leurs proies viennent à changer à cause du changement climatique, et cela peut entraîner leur mort à long terme. Mais il y a aussi déjà des signes précurseurs chez des cétacés de régions autres que l’Arctique. Il faut cependant aussi dire que le réchauffement de l’Arctique n’a pas que des inconvénients : le retard de formation de glace sur la mer en Arctique permet aux baleines grises d’y rester plus longtemps en se nourrissant, et donc de faire de plus amples réserves de graisse. Ceci leur permet d’affronter leur migration annuelle vers la basse Californie afin de mettre bas (15 à 20000 km, la plus grande migration d’un mammifère) avec plus de chances de réussite. Et c’est ainsi que l’on a trouvé que les années qui suivent un hiver à formation retardée de glace, il y a plus de couples baleine/baleineau qui remontent vers l’Arctique en été. Mais ce n’est qu’un exemple d’avantage contre une multitude de désavantages. De plus, les effets du changement climatique s’ajoutent aux autres défis/dangers auxquels les cétacés sont déjà confrontés, et il en résulte même une synergie, c'est-à-dire que 1+1 n’est pas égal à 2, mais plutôt à 3, voire même 5 (non, je vous assure, je n’ai rien bu monsieur l’agent; et oui, j’ai passé mon bac, hic).

COW - Que pensez-vous des aquariums qui présentent des cétacés ? Est ce que les filières qui approvisionnent ces aquariums sont totalement transparentes, dans leurs pratiques ?

FD - Ces institutions sont d’un autre âge, totalement dépassées et n’ont aucune raison d’être, si ce n’est faire de l’argent et satisfaire l’égoïsme maladif de l’être humain qui veut tout avoir à sa disposition sans un minimum d’effort. Il n’y a rien de pédagogique à voir sauter des dauphins dans un cerceau ou taper dans des ballons. En dehors de ces « spectacles », les animaux tournent en rond dans leurs bassins de béton, certains se tapent la tête contre les murs.
Le discours tenu par les delphinariums est mensonger, en particulier concernant l’espérance de vie des animaux. Le maintien d’un animal en captivité nécessite de lui offrir un environnement qui respecte sa biologie. Ce qui est possible avec une mygale est impossible avec un cétacé, animal qui parcourt des dizaines de kilomètres par jour en mer. Quant aux filières d’approvisionnement, c’est encore une autre histoire. En Europe occidentale, la majorité des animaux sont maintenant nés en captivité (sauf en Espagne). Mais des captures sauvages ont lieu dans de nombreuses régions du monde : Cuba, îles Salomon, Russie, Guyana, Panama, Japon… Pour approvisionner les delphinariums du monde entier, dont de plus en plus destinés à une clientèle de luxe au Bahamas ou à Dubaï par exemple. La capture d’un animal entraîne souvent le décès de plusieurs autres et désorganise totalement la structure sociale du groupe.

PG - Je serai bref, il y a dans les delphinariums une certaine composante éducative, qui fait que pour de nombreuses personnes c’est le premier contact avec un cétacé. Cependant, il existe une obligation des delphinariums -du moins dans nos pays- d’assurer que le fait de garder des dauphins en captivité est pour des raisons principalement d’éducation, de conservation et de recherche. Ce n’est bien sûr pas le cas, loin de là. C’est purement et simplement du business, et ça rapporte gros. Il est tout aussi facile, et d’un point de vue éducatif, plus constructif d’aller observer les cétacés dans un milieu naturel, avec des comportements naturels, plutôt que de les voir dans des bassins en béton à réaliser des clowneries. Les cétacés sont probablement les animaux les moins adaptés à une vie en captivité, et sont probablement ceux qui sont tenus dans les pires conditions. Imaginez un serpent dans un zoo : bien qu’il soit dans un enclos/cage/vivarium relativement petit, il aura cependant des plantes, une lumière UV spéciale reptiles, un bac avec de l’eau, et même une nourriture vivante selon besoin. Les dauphins se retrouvent entre des murs en béton, dans de l’eau chlorée, à manger des poissons morts (chose qu’ils ne font jamais dans des conditions normales dans la nature), sans pouvoir utiliser pleinement leurs sens (l’écholocation surtout). C’est tout bonnement le seul animal dans nos zoos à être encore confiné dans une cage victorienne… Donc mon point de vue est que les dauphins n’ont rien à faire dans les delphinariums, et les autres animaux non plus en captivité… Non, ils ne sont pas transparents du tout, et jusqu’à il y a peu, les dauphins qui mourraient dans les delphinariums étaient rapidement remplacés par des individus sauvages capturés, mais gardaient le même nom que le précédent, et tout le monde n’y voyait que du feu. Il est de nos jours plus compliqué de remplacer de la sorte des dauphins, vu que l’approvisionnement est devenu un peu plus compliqué. Pourquoi ? Parce que d’une part la population de dauphins captifs en Europe n’est pas autosuffisante (je m’explique : 1+1 n’est pas égal à 2, pas non plus à 3 ni à 5, rassurez vous, mais le plus souvent à 0, voire à un chiffre négatif à long terme ; j’avoue, les maths ce n’est pas notre point fort en vétérinaire, mais tout n’est qu’une question de perspective, monsieur l’agent…). Pour être clair il y a plus de dauphins qui meurent que de dauphins qui naissent en captivité, ce qui crée bien évidemment quoi, je vous le demande, un marché, juteux. Il est en théorie interdit d’importer vers l’Europe des dauphins qui ont été capturés directement dans la nature ; on ne peut importer que des F1 (pas des bolides) ou des F2 (F veut dire de génération) autrement dit que des dauphins nés en captivité. Mais il faut bien admettre qu’entre la théorie et la réalité, il y a parfois une légère différence. Et c’est ainsi que le delphinarium de la Havane à Cuba a le taux de naissance de dauphins souffleurs le plus élevé au monde (ici 1+1 n’est pas égal à 2, mais tend plutôt vers 15 ou 20, si ça ce n’est pas une révolution mathématique)!!! Ca tombe bien, car en les exportant vers l’Europe avec leurs certificats conformes et tout et tout, ça permet de combler les dauphins négatifs susmentionnés, en échange d’une modique compensation… Bien sûr qu’il existe des conventions pour contrôler de telles activités, bien sûr qu’elles sont au courant. Que font-elles ? Euh, vous pouvez répéter la question ?

Franck Dupraz - Dauphin bleu et blanc (2)

COW - Les "prélèvements" dits "scientifiques" des bateaux japonais ont-ils un vrai rapport avec la science ?  Les baleines ne s'en porteraient t’elles pas mieux si ce genre de science les ignorait un peu ? Ou tout le monde fait semblant pour des raisons économiques ?

FD - Ces prélèvements n’ont absolument rien de scientifiques, car nul n’est besoin de tuer un animal pour l’étudier, même si c’est pour savoir ce qu’il mange (une simple biopsie ou un filet à plancton suffit pour cela). Le problème de ces prélèvements c’est qu’ils sont légaux au regard des lois éditées par la Commission Baleinière Internationale.

PG - Non, cette chasse scientifique n’a pas de réel apport pour la science, et ses buts ou hypothèses à démontrer ne sont pas les plus importantes du moment. Tout le monde sait qu’il s’agit d’une chasse commerciale déguisée. Malheureusement certains vides juridiques de la CBI (Commission Baleinière Internationale) leur permettent de continuer cette activité en toute impunité. Il est clairement établi au niveau scientifique international que la recherche sur ces baleines ne nécessite plus de nos jours le recours à des méthodes létales (qui nécessitent la mort de l’animal, dans ce cas la baleine). Il existe de nombreuses techniques de recherche qui ont prouvé leur efficacité et robustesse. Mais les Japonais ne veulent rien entendre. De plus, ils produisent des résultats « scientifiques » qui vont à l’encontre de tous les autres points de vue scientifiques internationaux. Leur argument préféré : le nombre de baleines est en forte augmentation, et leur consommation supposée de poissons serait la cause principale de l’effondrement des stocks de poissons commerciaux dans les Océans du monde. Ceci est ridicule pour plusieurs raisons : les baleines n’ont jamais et ne pourront jamais atteindre un nombre tel qu’elles auront un impact négatif sur les populations de poissons, car elles se reproduisent à très basse fréquence, de plus la plupart ne se nourrit pas des poissons ciblés par la pêche humaine, et enfin, la cause majeure de l’effondrement des stocks de pêche au niveau mondial c’est la surpêche industrielle, c’est reconnu au niveau des plus hautes instances internationales, et les principaux protagonistes de ce saccage des ressources marines sont les Japonais…

COW - Pourquoi la commission baleinière n'a t'elle pas plus de pouvoir / ne prend elle pas plus de sanctions envers certains pays connus pour continuer la chasse à la baleine ?

FD - Les rouages de la CBI sont mystérieux et empreints de nombreuses considérations politiques. Pierre étant le représentant de son pays au sein de cette institution, je lui laisse le soin d'apporter une réponse plus précise à cette question.

PG - La CBI fut créée en 1946 par des pays chasseurs de baleines, afin de gérer les stocks de baleines qui, déjà à cette époque, étaient en danger d’extinction dû à leur surexploitation. Cela n’a pas très bien fonctionné durant les décennies suivantes, tant et si bien qu’en 1982 la situation des populations de baleines était tellement critique (au fait, les populations de baleines étaient tombées bien au-dessous des seuils de rentabilité pour la chasse, et la plupart des huiles d’origine baleinière avaient été remplacées par des huiles de synthèse de qualité supérieure), que la plupart des pays ont réussi à faire passer la décision d’établir un moratoire à la chasse à la baleine. C'est-à-dire qu’aucune nation membre de la CBI n’a le droit de chasser commercialement la baleine. Plus loin j’explique les vides juridiques et les détails que cela implique. Mais simplement, la CBI n’a aucun pouvoir punitif, utilise un texte de convention qui date de 1946, date à laquelle tous les pays membres de la CBI étaient chasseurs de baleines, et dont le principal souci immédiat n’était pas réellement la protection altruiste des baleines, mais bien le maintien des « stocks » de baleines afin d’assurer la pérennité de leur activité commerciale… Et c’est avec ce texte que nous sommes sensés protéger les baleines… La CBI ne fait que ce que ses membres (pays qui ont ratifié la convention) lui dit de faire, et celle-ci est composée de 50% de pays pro-chasse, et 50% de pays pro-conservation.

(1) Pierre Gallego - Dauphin souffleur

COW - Que pensez-vous de ces pratiques ? Quelle est la capacité des mers, océans à survivre à ces pillages barbares incessants ? Des sanctions sont elles prises contre ces pays qui permettent de telles atrocités ? Dans ces cas, comment peut-on activement faire quelque chose ? Exemples :
- Au Japon (villes côtières de Taiji, Iki, Ito, Futo et Izu), une fois par an, a lieu un abattage massif (20.000) de dauphins, marsouins… Au nom d'une tradition ancestrale… Mais aussi pour alimenter le marché alimentaire de luxe et l’industrie des delphinariums.
La majorité de ces cétacés sont vendus pour leur viande  et ce malgré le risque sanitaire (taux de mercure et autres métaux lourds considérablement élevé). D’autres sont capturés vivants pour être envoyés dans des delphinariums et passer une vie entière en captivité.
- Aux Iles Feroe (Danemark), chaque année, près de 1.500 Globicéphales, sont rabattus vers les baies peu profondes et victimes d’un massacre collectif sanguinaire, au nom d’une tradition visant à prouver que les jeunes hommes ont atteint l'âge adulte! Au 21eme siècle !... Et en Europe ! Le Danemark, a pourtant signé la Convention de Berne ainsi que la Convention de Bonn sur la Conservation des Espèces migratrices, qui toutes deux, protègent le globicéphale.

FD - Les massacres de cétacés sont une pratique d'un autre temps. Ils sont pratiqués sur la base de traditions ancestrales, mais c'est juste un prétexte. Hormis certaines populations Inuit (dont les prises sont quand même assez réduites), aucun des peuples qui chassent les dauphins et les baleines actuellement n'en a besoin pour se nourrir. Et mis à part les questions éthiques et philosophiques, manger du cétacé, c'est dangereux pour la santé, vu le niveau de contaminant effarant que l'on peut trouver dans leur chair. Aux îles Féroé justement, des études ont montré que les enfants issus de famille mangeant régulièrement du globicéphale présentaient des retards scolaires et de développement mental. Si même ce genre d'études ne fait pas réagir, ça devient désespérant... Aucune sanction n'est actuellement prise contre ces pays, car cela dépend uniquement des législations nationales, pas internationales, même si les pays en question ont ratifié des traités de conservation et de protection (la France aussi, et on continue à abattre les loups chez nous...). Plusieurs associations ou personnalités comme Paul Watson ou Ric O'Barry luttent (parfois en prenant de grands risques) depuis des années contre ces massacres, notamment au Japon. Ric O'Barry (un vieil ami et ancien dresseur de Flipper pour la série télévisée du même nom) a d'ailleurs produit récemment un film sur ces massacres, primé au festival du film alternatif de Sundance aux USA. La meilleure façon de faire pression sur ces pays est de diffuser l'information, d'essayer de faire pression sur les médias, car au Japon même beaucoup d'habitants ignorent tout de ces massacres et de leurs conséquences (c'est une sorte d'omerta voulu par le gouvernement nippon).

PG - Il faut souvent remettre les choses dans leur contexte. Je suis également choqué par ces pratiques, et ce sont les problèmes que j’ai essayé de résoudre en premier depuis que je participe à des congrès et conventions internationaux. Il faut savoir que chaque pays est souverain, et peut faire sur son territoire et dans les eaux de sa zone d’exclusion économique, exactement ce dont il a envie. Si ces pays ont ratifié certaines conventions, ils sont priés de s’y tenir, mais personne n’ira en prison s’ils ne le font pas. Le problème se situe au niveau des priorités de chaque nation. Il est assez clair que la protection de la nature n’est pas une des priorités majeures de la plupart des nations, pour ne pas dire pour toutes (à part peut-être le Costa Rica, et encore…). La protection de la nature est un luxe, et seuls quelques pays industrialisés peuvent se la permettre. En temps de crise économique, la réalité reprend vite le dessus, et tout ce qui est protection de la nature passe aux oubliettes. De plus, certaines conventions internationales sont très anciennes et ne sont plus adaptées aux situations actuelles. Il existe de plus des vides juridiques qui permettent notamment aux japonais de fixer eux-mêmes leurs quotas pour leur chasse soi-disant scientifique dans le sanctuaire international que représente l’Océan Austral. Certaines conventions n’ont pas de dents, et ne prévoient aucune punition en cas d’effraction de ses accords, et dans la plupart des cas, même lorsqu’une décision est prise par majorité, chaque nation a le droit de faire objection et n’est pas obligée de se tenir à ces décisions… C’est comme cela que l’Islande et la Norvège continuent leur chasse commerciale à la baleine… Pour en revenir au cas des Iles Féroé, elles appartiennent certes à la couronne danoise, mais jouissent d’une indépendance assez importante, surtout pour les thèmes de « pêche ». La même chose vaut pour le Groenland. Ces îles n’ont ratifié aucun accord ou convention internationale, et sont en dehors du territoire couvert par l’accord ASCOBANS de la CMS (Convention de Bonn). La Norvège, l’Islande et le Japon ont très intelligemment émis une réserve lors de l’introduction des rorquals communs et nains dans l’Annexe I de la CITES (Convention de Berne), et c’est ce qui leur a permis récemment d’exporter des tonnes de viande de baleine de la Norvège et de l’Islande vers le Japon. Celui-ci avait saisi la viande en un premier temps, et après des analyses d’hygiène alimentaire, a donné le feu vert à la commercialisation de ces lots de viande de baleine. Ceci a clairement lancé le message sur le podium international qu’il y a une demande au Japon, que l’exportation est possible, et il n’en faut pas plus à une Islande qui se trouve dans l’état de crise économique actuel.

COW - Du coté des phoques, où en est on du coté des campagnes de chasse sur les banquises canadiennes, norvégiennes ? Chaque année un certain quota de bébés phoques encore recouvert de leur pelage blanc, sont tués. Ce quota vous semble t-il correct ? Reste t-il des conflits avec les chasseurs de bébé phoques ? Si oui lesquels et pourquoi ?

FD - J'avoue ne pas avoir trop suivi l'actualité sur ce conflit ces derniers temps, et ne pas être vraiment au fait des quotas alloués aux chasseurs. Quoiqu'il en soit, le prétexte avancé de concurrence pour la pêche est fallacieux. Les seuls êtres vivants sur Terre responsables de la disparition des ressources sont les hommes.  Aucune espèce (entendu qu'elle ne soit pas introduite par l'homme dans un milieu dont elle n'est pas originelle) n'a jamais entraîné la disparition de ses proies. Ce serait un suicide biologique et évolutif. Seul l'Homme est capable d'une telle absurdité.

PG - Les phoques sont chassés dans bien plus d’endroits encore, notamment le Groenland, et à grande échelle. La chasse continue au Canada aussi, en dépit des pétitions et des rapports de la CE. Cependant ce ne sont plus les bébés phoques à fourrure blanche (white coats) mais ceux qui sont un peu plus âgés (beaters), bien que je ne vois pas ce que ça change… De toute façon, ces bébés phoques sont sans défense devant ces chasseurs armés de hakapic. Certains réussissent à s’enfuir en plongeant dans l’eau, ce qui ne fait que retarder leur mort, car leur fourrure n’est pas imperméable jusqu’à ce qu’ils aient 25 jours… De plus avec le réchauffement climatique il est estimé que quelques 300.000 bébés phoques sont morts ces dernières années parce que la glace a fondu trop vite et ils se sont noyés. Cela n’a pas empêché le gouvernement canadien de continuer à octroyer les quotas annuels de 250.000 bébés phoques. Ces quotas ne sont pas corrects à mes yeux, car ils ne tiennent compte que des estimations d’abondance réalisées l’année précédente, et ne tiennent pas en compte les différents risques auxquels le phoque du Groenland (qui est la principale cible) doit faire face, et qui ont une certaine synergie, et leurs effets ne sont pas linéaires. Oui, il reste encore des conflits, mais le problème est que cette chasse est appuyée, voire soutenue par le gouvernement canadien. Il faut savoir que les chasseurs ont plus de droits sur la banquise que les personnes qui viennent contrôler la chasse. Lorsque j’y étais il y a 2 ans, les observateurs que nous étions devions rester à distance des chasseurs, à pied un minimum de 10m et en bateau ou hélico 1000 pieds. Les chasseurs cependant n’avaient pas ces restrictions et nous provoquaient en venant vers nous, sachant que ce serions nous qui serions sanctionnés. Le gros problème c’est la demande, et il faut admettre que le gros de la demande pour des peaux de phoques est représenté par l’Europe… Il faut donc informer et éduquer nos concitoyens… Avant de critiqueur les autres, car sans demande, pas d’offre !

Franck Dupraz - Dauphin de Risso (2)

COW - La plus grande colonie d’otaries à fourrure du cap, dans le monde se situe à Cape Cross en Namibie (environs 650.000 individus). En raison de leur surpopulation et de la redoutable concurrence qu’elles représentent pour les pêcheurs namibiens, leur nombre est régulé chaque année (L’abatage ne doit pas dépasser 2% de la population totale). Lors d’un voyage en Namibie (2005), à Cape Cross deux de nos membres, ont dû attendre un moment avant de pénétrer sur le site des otaries à fourrure du Cap. Lors de l'ouverture de la grille, ils ont vu sortir deux camions bâchés, mais sous les bâches ils ont aperçu des cadavres d'otaries... Pour pallier à cette surpopulation et éviter cet abatage, une délocalisation de ces animaux n'est-elle pas envisageable ? Et pourquoi ?

FD - Encore une fois dans ce cas, seuls les hommes estiment qu'il y a surpopulation. Ces abattages n'ont pas de raison d'être, hormis celle encore une fois fictive avancée par les chasseurs (concurrence « déloyale » pour la pêche et surpopulation). Quant aux déplacements d'une population, cela pose de nombreux problèmes. Premièrement, c'est déjà plus cher et moins rentable (on ne vend pas les fourrures) de déplacer une otarie que de la tuer. Ensuite, ces otaries utilisent ces mêmes plages pour se reproduire depuis des milliers d'années. Il y a fort à parier que même si on déplaçait ces otaries, elles reviendraient quand même à Cape Cross.

PG - La réponse est assez facile. Il faut au fait placer le problème à l’envers. C’est nous qui sommes trop nombreux, et qui représentons une concurrence déloyale, en surpêchant, de manière industrielle et non sélective, tous les stocks de poissons du monde. Quasiment tous les stocks de poissons d’intérêt économique ont été exploités à un niveau tel que leur survie est en danger. La nature a ses propres moyens de réguler les populations animales sauvages, et il n’y aura jamais, je dis bien jamais une surpopulation d’une espèce animale dans des conditions naturelles, car bien avant cela, l’espèce en question aura atteint son seuil de capacité de support (il n’y a pas assez de nourriture), et cela arrive bien avant que sa proie ait disparu totalement. La délocalisation ne fera que délocaliser le problème, et ces animaux ont des habitudes ancestrales, liées à un timing extrêmement précis de leur écosystème, qui leur permet d’avoir accès à des ressources alimentaires importantes juste aux moments où ils en ont besoin (avant mise bas et lactation, etc.). Malheureusement la surpêche est un problème global, qui atteint tous les pays, et les vrais voleurs de poisson sont les pays qui envoient leurs gros bateaux usine pêcher dans les eaux territoriales de pays en voie de développement en leur payant des cacahuètes (= somme ridiculement basse, oui ça peut faire rire de temps en temps) en compensation. Je ne citerai pas de noms… Pas la peine d’insister…

COW - Vous qui êtes tous les deux des hommes d’eaux… Quel est, à l’inverse l’animal terrestre et  de surcroît africain, qui vous fascine le plus et pourquoi ?

FD - Un choix cornélien encore une fois, le choix est tellement vaste. Pour rester sur l’Afrique et ne pas faire très original, je dirais les lycaons, pour l’étonnante complexité et richesse de leurs liens sociaux, et aussi car ce sont des animaux hautement photogéniques.

PG - Le koala, juste après le cochon d’Inde ! Non en réalité les grands félins, le léopard je crois, et le lycaon. Difficile de se limiter à une espèce… Pourquoi ? Probablement pour leurs techniques de chasse évoluée.

COW - Pour terminer : Avez-vous des projets en perspectives, dans votre domaine, que vous souhaiteriez partager avec nous ?

FD - La prochaine grande mission d'envergure du GECEM (Groupe d'Etude des Cétacés de Méditerranée) sera un recensement à grande échelle des grands dauphins (Tursiops truncatus) en Corse en 2010. Nous aurons besoin de photographes, alors avis aux amateurs !

PG - Ce ne sont pas les projets qui manquent… Les projets les plus proches en perspective sont l’organisation de stages de recherche à différents endroits du globe : détroit de Gibraltar, Iles Canaries, Açores… Pour le reste c’est encore un peu top secret…

(1) Crédit photographique : Pierre Gallego
(2) Crédit photographique : Franck Dupraz
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