J'avais écris ces lignes, il y a quelques années déjà... Elles sont pourtant toujours aussi vivaces

J'ai hésité, puis je me suis décidée à vous les livrer.
Out of Africa ou comment est né mon déclic pour ces grands espaces sauvages

J'ai embarqué dans un avion direction l'Afrique Centrale (Rwanda) quand j'avais 6 semaines...Juste le temps de naître en Belgique, de m'éveiller à la vie pour découvrir plus loin, ce qui restera à jamais mon déclic à moi : l'exotisme!
Une enfance avec ce petit singe vervet qui sautait sur mes épaules, moi toujours à pieds nus, pour mieux sentir ce contact avec le sol, avec cette terre (du genre un peu sauvage la bête. Si Si ! (sur la fin, je marchais même sur de gros cailloux pointus sans me faire mal

), ce perroquet (mon "coco" qui empruntait la voix de ma mère pour m'interpeller... Et me faire de sacrées pincettes en douce! le fourbe!

)
Et puis, plus tard (mais très tôt tout de même)... Cette découverte du monde animalier sauvage africain, en compagnie d'une amie zoologiste (qui en avait 35 alors que je n'étais qu'ado), cette faune que je recherchais toutes les 2 semaines (au parc Akagera).
Cette patience et cette avidité à la fois que j'avais de me fondre dans ces broussailles, les yeux posés sur ces folles herbes et sur les branches des euphorbes pour découvrir l'animal qui s'y cachait (je connaissais, les moindres recoin des pistes)
La course aux braconniers, le recensement des animaux par parcelle de territoire
Cette montée sur dos d'éléphant... Ce frisson qui me transperçait tout le corps, dès que la nuit tombait et que de loin ou de très près j'entendais ce feulement de l'animal qui deviendra pour moi, à jamais le roi de la savane (le lion)...
Ces volcans et leur nature luxuriante (avec un campement au sommet et cette odeur de souffre qui envahit les narines, colle à la peau et cette lueur rouge, jaune qui explose de la terre pour se recueillir en un torrent de lave)
Ce pays, qui m'a tant éveillé aux merveilles de la nature sauvage est devenu ,en quelque sorte, mon lieu de résidence... Ma famille (excepté mes parents, of course) habitait en Belgique et nos retrouvailles ne s'effectuaient que durant l'été (et encore...préférant parfois (et avec raison) découvrir d'autres pays limitrophes (Burundi, Tanzanie, Kenya)
Nous ne rentrions pas "au pays"... Mais finalement, à cette époque : il ne l'était pas vraiment "mon" pays)
A l'âge de 13 ans, j'ai quitté ce pays des 1000 collines... en pleurant toutes les larmes de mon corps

ayant l'impression d'être complètement déracinée et en perte totale de repères et d'identité.
J'ai du, pendant 6 mois troquer tout ce que j'avais vécu (la brousse, ce temps qui se déroulait façon "polé polé", cette magie de la nature, cette habitude horaire (le jour et la nuit arrivant tous deux très tôt) contre un nouveau mode de vie qui ne me correspondait pas

(fallait mettre des chaussures sur les pavés glacés (car en plus j'y ai découvert mon 1er hiver sans neige)... alors que je courrais pieds nus dans la terre ocre - les autoroutes au lieu des pistes que j'avais l'habitude d'emprunter - un JT à la place du papayer de mon jardin (c'est que là bas : épargnée de la télé j'étais!)
A 13 ans 1/2... La libération... Le retour "au continent"... Pour 5 ans en RDC (Au Shaba et ses mines de cuivres), les virées en brousse à 10-15 dans les camionettes locales.

A cette époque je ne me sentais plus "appartenir" a aucun pays... le "mien" c'était le Rwanda, celui qui figurait sur ma carte d'identité : la Belgique et celui qui allait devenir mon nouveau lieu de résidence : la RDC... Une nouvelle reconstruction à faire, une identité à poursuivre , de nouvelles découvertes, quitter ma famille (que j'avais un peu plus appris à connaître) et me faire d'autres amis pour la vie.
A 18 ans... L'épreuve la plus terrible... Le retour seule en Belgique (mes parents étant resté au Shaba pour 3 ans encore et à cette époque ni téléphone et encore moins Internet )
Seule dans cette chambre d'étudiante pour y faire mes études supérieures... En rupture cette fois avec tous mes repères : l'Afrique qui avait bercé toute ma jeunesse, celle qui m'avait construit différente un peu des autres, mes parents qui étaient loin et que je voyais 15 jour l'an (retournant là-bas, prendre ma bouffée d'oxygène)
Bon! Ok vous allez me dire cela m'a permis de m'autoriser quelques belles "déconnes" loin du regard parental, de me forger un tempérament d'indépendante....
Mais au loin ce soleil, ces odeurs, ces mangues, ces papayes et ce long fleuve tranquille... J'étais brusquement plongée dans cet hiver rigoureux (cette neige qui tombait! J'avais jamais vu ça!

), cette course contre la montre made in occident (ça m'a toujours fait halluciner

les gens pressés dans le métro, le sourire absent des lèvres)
19 ans plus tard ... Je réside dans ce pays "qui m'identifie toujours sur ma carte d'identité" ... Voguant toujours entre le bleu et le gris du ciel de l'Europe (mais mettant les bouts dès que je peux … )
Le mal (qui finalement n'est jamais passé!) non pas d'un pays mais celui d'un continent : l'Afrique ...
Ressentir ce sol à la terre rouge, humer au travers de ces lignes que j'écris cette douce et sauvage savane à la fois ...Me rappeler combien j'aime être en symbiose avec ce paradis terrestre et me crier au plus profond de mon être : combien je n'attends qu'une chose retrouver cette osmose qui me fait tant défaut aujourd'hui.
Juste entendre le craquement des branchages, le feulement des fauves, l'envol de ce papillon coloré, l'échappée folle des impalas ...Juste être là ...Petite et à l'écoute et me sentir en vie.
Simba
Incurable, je le crains
Et votre déclic à vous pour ces grands espaces africains ? Il est né quand ?
